En bref
Les IK conventionnelles (0,35 €/km en plaine, 0,50 €/km en montagne, plus l'IFD de 2,75 €) sont ce que vous facturez à chaque déplacement chez un patient. C'est une recette.
Le barème kilométrique fiscal (0,529 à 0,697 €/km selon la puissance fiscale) sert à déduire vos frais de véhicule sur la déclaration 2035. C'est une charge.
Les deux se cumulent. Facturer vos IK ne vous prive absolument pas du droit de déduire vos frais de véhicule.
Deux dispositifs, un seul nom
C'est probablement la question la plus mal expliquée du métier. Quand un IDEL parle d'« indemnités kilométriques », il peut désigner deux choses qui n'ont rien à voir : ni la même origine, ni le même montant, ni le même effet sur ses revenus.
| IK conventionnelles | Barème kilométrique fiscal | |
|---|---|---|
| Qui les fixe | L'Assurance maladie (NGAP, convention nationale) | L'administration fiscale (barème annuel) |
| Ce que c'est | Une recette : vous les facturez | Une charge : vous les déduisez |
| Montant | 0,35 €/km en plaine 0,50 €/km en montagne + IFD de 2,75 € par déplacement |
0,529 à 0,697 €/km selon la puissance fiscale, puis dégressif |
| Quand | À chaque visite, en temps réel | Une fois par an, à la déclaration |
| Où ça apparaît | Sur la feuille de soins, via votre logiciel de télétransmission | Sur la déclaration 2035, en charges |
| Effet | Augmente votre chiffre d'affaires | Réduit votre bénéfice imposable |
L'erreur la plus fréquente : croire qu'on ne peut pas faire les deux. « Je facture déjà mes IK, donc je ne peux pas déduire mes frais de voiture. » C'est faux, et c'est l'erreur qui coûte le plus cher.
Pourquoi les deux se cumulent
Le raisonnement est simple une fois posé. Vos IK facturées sont encaissées : elles entrent dans votre chiffre d'affaires, comme n'importe quel acte. Elles sont donc imposables.
Vos frais de véhicule, eux, sont des dépenses professionnelles réelles : carburant, assurance, entretien, pneus, décote du véhicule. Ces dépenses existent que vous ayez facturé des IK ou non. Le fisc vous autorise à les déduire, soit au réel avec tous les justificatifs, soit forfaitairement via le barème kilométrique.
Autrement dit : d'un côté vous encaissez une compensation de la Sécurité sociale, de l'autre vous déclarez un coût d'exploitation. Deux flux distincts, dans deux colonnes différentes de votre comptabilité.
Un exemple chiffré
Prenons un cas concret : une infirmière libérale en zone rurale, 15 000 km professionnels dans l'année, véhicule de 5 CV.
Ce qu'elle facture (recettes)
| IK conventionnelles : 15 000 km × 0,35 € | 5 250 € |
| IFD : environ 1 800 déplacements × 2,75 € | 4 950 € |
| Total encaissé au titre des déplacements | 10 200 € |
Ce qu'elle déduit (charges)
| Barème 5 CV, tranche 5 001 à 20 000 km : (15 000 × 0,357) + 1 395 | 6 750 € |
| Montant déductible sur la 2035 | 6 750 € |
Ces 6 750 € viennent en déduction de son bénéfice. À un taux marginal d'imposition de 30 %, cela représente environ 2 000 € d'impôt en moins — auxquels s'ajoute l'économie de cotisations sociales, le bénéfice servant aussi d'assiette à l'URSSAF.
Une IDEL qui oublie cette déduction parce qu'elle pense « avoir déjà été remboursée par la CPAM » laisse donc passer une somme très supérieure à ce qu'elle imagine.
Le piège du calcul : le barème est dégressif
Deuxième erreur classique, indépendante de la première : croire que le barème est proportionnel. Il ne l'est pas. Il fonctionne par tranches, et le taux baisse quand le kilométrage augmente.
Pour une voiture, les tranches sont :
- Jusqu'à 5 000 km : distance × le taux plein (par exemple 0,636 €/km pour 5 CV) ;
- De 5 001 à 20 000 km : distance × un taux réduit + un forfait fixe (0,357 €/km + 1 395 € pour 5 CV) ;
- Au-delà de 20 000 km : distance × un taux dégressif (0,427 €/km pour 5 CV).
Reprenons notre exemple à 15 000 km. Le calcul naïf donnerait 15 000 × 0,636 = 9 540 €. Le calcul correct donne 6 750 €. Un écart de près de 2 800 € — qui serait un redressement en cas de contrôle.
Attention aux deux-roues : les seuils ne sont pas les mêmes. Pour une moto ou un cyclomoteur, les tranches sont à 3 000 et 6 000 km, pas 5 000 et 20 000. Un scooter à 4 000 km relève donc déjà de la deuxième tranche.
Véhicule électrique : +20 %
Si votre véhicule est 100 % électrique, le montant obtenu au barème est majoré de 20 %. Une majoration souvent oubliée, alors qu'elle est automatique et sans condition particulière.
Sur notre exemple à 6 750 €, cela représenterait 8 100 € déductibles, soit 1 350 € de charge supplémentaire. Les hybrides non rechargeables, en revanche, n'y ont pas droit.
Barème ou frais réels : lequel choisir ?
Le barème kilométrique est un forfait : il couvre le carburant, l'entretien, l'assurance, les pneumatiques et la dépréciation du véhicule. Vous ne pouvez pas déduire ces postes en plus.
Restent déductibles en sus du barème : les frais de péage, de stationnement et les intérêts d'emprunt liés à l'achat du véhicule.
Le choix se fait par véhicule et pour l'année entière — impossible de panacher. En pratique, le barème est retenu par la grande majorité des IDEL : il est plus simple, ne demande aucun justificatif de dépense, et se révèle souvent plus avantageux compte tenu du kilométrage des tournées. Les frais réels deviennent intéressants pour un véhicule récent et coûteux, fortement amorti.
Ce qu'il faut pouvoir justifier
Le barème dispense de justifier vos dépenses, mais pas votre kilométrage. En cas de contrôle, l'administration demandera de quoi établir la réalité et le caractère professionnel des trajets.
Concrètement, tenez un relevé mentionnant pour chaque déplacement : la date, le motif professionnel, le trajet et la distance. Un carnet manuscrit suffit légalement ; un relevé daté et exportable est simplement plus solide, et infiniment plus rapide à produire.
Conservez également la carte grise, qui atteste de la puissance fiscale — c'est la case P.6 — et du caractère électrique du véhicule le cas échéant.
Questions fréquentes
Je facture mes IK à la CPAM. Puis-je quand même déduire au barème ?
Oui, sans aucune restriction. Les IK facturées sont une recette imposable ; vos frais de véhicule sont une charge déductible. Les deux coexistent dans votre comptabilité et n'interfèrent pas.
Les IK facturées doivent-elles être déclarées en recettes ?
Oui. Elles font partie de vos honoraires encaissés et figurent à ce titre dans vos recettes sur la 2035, au même titre que vos actes.
Mon trajet domicile–premier patient compte-t-il ?
Cela dépend de la localisation de votre cabinet et de votre organisation. Le trajet entre le domicile et le lieu de travail habituel est en principe personnel, mais la tournée d'un IDEL relève d'une logique différente puisque les patients constituent les lieux d'exercice. C'est une question à trancher avec votre comptable ou votre AGA, en fonction de votre situation précise.
Que se passe-t-il si j'ai plusieurs véhicules ?
Le barème s'applique véhicule par véhicule, chacun avec sa propre puissance fiscale et son propre compteur annuel de tranches. Un véhicule à 8 000 km et un autre à 8 000 km ne se calculent pas comme un seul véhicule à 16 000 km — et le total obtenu est d'ailleurs plus favorable.
Le barème 2026 a-t-il changé ?
Non. Le barème applicable en 2026 est identique à celui des trois années précédentes : il n'a pas été revalorisé.
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Ouvrir le calculateur gratuitCet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis de votre expert-comptable ou de votre association de gestion agréée. Les montants cités correspondent au barème fiscal en vigueur en 2026 et aux tarifs conventionnels applicables à cette date.